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Poissonneries à Fréjus et Saint-Raphaël : le tour des étals

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Poissonneries à Fréjus et Saint-Raphaël : le tour des étals

Chercher une poissonnerie à Fréjus ou à Saint-Raphaël revient à choisir entre plusieurs modèles de vente qui n’offrent ni le même assortiment, ni la même fraîcheur, ni les mêmes prix. Sur cette portion de la côte varoise, entre le golfe de Fréjus et les premières calanques de l’Esterel, cinq types d’étals cohabitent, chacun avec sa logique d’approvisionnement.

Savoir lequel correspond à ce que l’on cherche, et savoir lire ce qui est posé sur la glace, vaut mieux que n’importe quelle adresse. Un même poisson peut être remarquable à un comptoir et décevant à trois cents mètres de là, selon la façon dont il a été acheté, transporté et présenté.

Les types d’étals que l’on croise sur le golfe

Étal de poissons méditerranéens sur glace pilée sous une halle de marché

La halle couverte et le marché de plein vent

La halle couverte propose des bancs permanents, ouverts plusieurs jours par semaine, avec un assortiment large mêlant espèces méditerranéennes et poissons venus d’autres façades. Le froid y est mieux maîtrisé qu’en extérieur, la rotation généralement bonne, et le professionnel présent tous les jours connaît sa clientèle.

Le marché de plein vent, lui, tourne sur des créneaux hebdomadaires, souvent le matin, dans le centre historique de Fréjus comme dans les quartiers de Saint-Raphaël. L’assortiment est plus resserré et plus dépendant de la saison. La contrainte majeure y est thermique : par forte chaleur, un étal exposé au soleil sans protection ni glace abondante travaille contre le produit.

La poissonnerie de quartier

Le comptoir traditionnel, ouvert à l’année, est le format qui offre le plus de service. Le professionnel écaille, vide, lève les filets, désarête, propose une cuisson, prépare une commande à l’avance. Il achète en général auprès de plusieurs sources, ce qui lui permet de proposer chaque jour un choix cohérent même quand la pêche locale est absente. Ce mode d’approvisionnement multiple correspond exactement à la fonction décrite dans notre article sur le rôle du grossiste dans la filière.

La vente directe au retour de mer

Sur les quais, notamment du côté du port de Saint-Raphaël et des points de débarquement du golfe, certains pêcheurs des petits métiers vendent directement leur pêche du jour. Ce sont les bateaux qui sortent à la journée, avec des filets maillants, des palangres ou des casiers, et rentrent en fin de matinée.

L’offre est totalement imprévisible : ce sera ce que la mer a donné, en petite quantité, sans choix ni garantie de présence. La fraîcheur, en revanche, est imbattable, puisque le poisson a quelques heures d’existence hors de l’eau. Les horaires sont étroits et l’affichage réglementaire s’applique là aussi.

Le rayon marée de grande surface

Le libre-service en barquette et le comptoir traditionnel de grande surface complètent le paysage. L’avantage est la disponibilité et souvent le prix ; la limite est l’absence fréquente de conseil et une rotation moins lisible. Sur un rayon marée bien tenu, la glace est refaite plusieurs fois par jour et les pièces entières restent au premier plan, ce qui est plutôt bon signe.

Lire un étal en trente secondes

Le diagnostic se fait à distance, sans toucher. Trois familles de signaux suffisent.

Sur le poisson lui-même : l’oeil bombé, clair, avec une pupille noire et brillante, et non un oeil creux voilé de gris. Les branchies rouges ou rose vif sous l’opercule soulevé, humides sans mucus épais ni teinte brune. Des écailles bien accrochées, une peau tendue et lumineuse, des couleurs franches. Un poisson très frais peut être raide et cambré : cette rigidité cadavérique est un excellent indicateur, elle survient dans les heures suivant la capture. La chair, pressée du doigt, doit reprendre sa forme immédiatement.

Sur la présentation : le poisson repose sur une glace pilée abondante et propre, disposé sur le flanc, ventre légèrement rentré, jamais empilé en couches épaisses. Le point qui trahit le plus vite un étal négligé est l’eau de fonte : si les pièces baignent dans un fond de liquide tiède, la chair se délave et la dégradation s’accélère. Les bacs professionnels sont drainés pour cette raison précise.

Sur l’affichage : la mention d’origine doit être complète pour chaque référence, avec le nom commercial, le nom scientifique, la zone de capture, l’engin de pêche et la méthode de production. Un étal qui affiche « Méditerranée » sans autre précision, ou qui laisse plusieurs étiquettes vides, mérite d’être interrogé. Un poisson décongelé doit également être signalé comme tel.

L’odeur, enfin, se juge sur l’ensemble du banc et non sur une pièce : un étal correct sent l’iode, l’algue et le froid. Toute note d’ammoniaque disqualifie l’endroit, quel que soit l’aspect visuel du poisson.

Deux détails complètent le tableau. La composition du banc, d’abord : un étal qui présente une majorité de pièces entières plutôt que des filets préemballés donne davantage de matière au diagnostic, puisque l’oeil, les branchies et la peau restent visibles. Un filet, lui, cache presque tout. Le geste du professionnel ensuite : un poissonnier qui manipule le poisson avec des mains propres et froides, qui remet la glace en place après chaque prélèvement et qui prépare la commande devant le client travaille dans les règles. À l’inverse, un banc dont les pièces restent exposées à l’air chaud pendant l’attente perd en quelques heures ce que la chaîne du froid a préservé pendant deux jours.

Poser des questions est légitime et généralement bien reçu. D’où vient ce poisson, quel jour a-t-il été débarqué, a-t-il été congelé, quelle cuisson lui conviendrait : ces questions simples permettent de jauger un comptoir aussi sûrement que l’inspection visuelle. Un professionnel qui connaît sa marchandise répond sans détour et oriente parfois vers une autre espèce du jour, meilleure ou moins chère.

Le rythme des arrivages

Petits bateaux de pêche côtière amarrés dans un port varois au petit matin

La météo commande tout. Un coup de mistral ou une mer formée immobilise les petites unités côtières, parfois plusieurs jours de suite. Le lendemain d’un épisode venteux, l’offre en poisson local se réduit fortement, et les comptoirs compensent avec des espèces venues d’autres façades ou d’importation. Ce n’est pas un défaut, c’est la réalité d’un produit non stockable, à condition que l’origine soit clairement affichée.

Le rythme horaire compte tout autant. Les livraisons professionnelles arrivent tôt, la mise en place se fait avant l’ouverture, et le meilleur choix se situe dans les premières heures. En fin de service, le linéaire est plus dépeuplé, les pièces les plus recherchées sont parties, et les remises pratiquées sur les invendus n’ont d’intérêt que si le produit est consommé le jour même.

La saison, enfin, fait varier l’assortiment davantage qu’on ne l’imagine. Le poisson méditerranéen suit des cycles de reproduction et de migration côtière qui rendent certaines espèces abondantes quelques semaines par an. Un poisson de ligne pêché localement en pleine saison coûtera moins cher, et sera bien meilleur, que le même poisson acheté hors période.

PériodeEspèces fréquemment présentes
Printempssar, pageot, seiche, poulpe, rouget de roche
Étésardine, anchois, bonite, daurade, rouget, loup
Automnepoulpe, seiche, denté, pageot, chapon
Hiverrascasse, saint-pierre, merlan, poissons de soupe

Les poissons de soupe, ce mélange hétéroclite de petites rascasses, girelles, serrans et crabes verts, méritent une mention particulière : ils constituent le meilleur rapport qualité prix de l’étal méditerranéen et donnent des soupes et des bouillabaisses sans équivalent.

Le retour à la maison mérite enfin la même attention que l’achat. Le poisson est le dernier produit que l’on met dans le panier, jamais le premier. Un sac isotherme et une plaque eutectique valent largement leur prix sur une côte où la température dépasse souvent les trente degrés en été, car un quart d’heure de coffre au soleil suffit à annuler une partie du travail effectué en amont. Une fois chez soi, la pièce se place dans la zone la plus froide du réfrigérateur, posée sur une grille au-dessus d’une assiette pour que le liquide s’égoutte, recouverte d’un film ou d’un torchon humide. Le poisson entier se conserve mieux que le filet, et le filet mieux que la chair hachée. Consommé le jour même ou le lendemain au plus tard, il tiendra ses promesses ; au-delà, mieux vaut cuisiner une préparation qui pardonne, soupe, terrine ou rillettes.

Fourchettes de prix de marché

Les ordres de grandeur ci-dessous correspondent à ce que l’on observe couramment sur le marché français, toutes zones confondues, pour du poisson frais entier. Les écarts tiennent au calibre, à l’engin de pêche, à la provenance et à la période.

ProduitFourchette indicative (euros/kg)
Sardine fraîche7 à 14
Poissons de soupe8 à 16
Seiche entière12 à 22
Poulpe frais15 à 26
Daurade royale sauvage20 à 35
Rouget de roche25 à 45
Loup de ligne30 à 55

Un prix nettement inférieur à ces repères signale généralement un produit d’élevage, une origine lointaine ou un poisson décongelé, informations qui doivent figurer sur l’étiquette. À l’inverse, un tarif très supérieur correspond souvent à une pêche à la ligne, à un gros calibre ou à une espèce rare ce jour-là. Les sparidés locaux, dont le pagre à la chair au grain serré, se situent dans la zone médiane et offrent l’un des meilleurs compromis de l’étal méditerranéen.

Un mot pour finir sur une espèce qu’on ne verra jamais issue de la pêche locale : le mérou brun de Méditerranée fait l’objet en France d’un moratoire qui interdit sa capture en pêche sous-marine et à l’hameçon. Les mérous proposés au comptoir viennent d’autres espèces et d’autres zones, comme le détaille notre article sur les façons de cuisiner le mérou rouge. Vérifier le nom scientifique sur l’étiquette permet de s’en assurer en une seconde, et illustre bien l’usage concret d’une mention que la plupart des acheteurs survolent.