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Marlin ou espadon : comment les distinguer

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Marlin ou espadon : comment les distinguer

Le marlin et l’espadon sont deux poissons à rostre de familles différentes. L’espadon, seul représentant des xiphiidés, porte une lame plate et perd ses dents et ses écailles en grandissant. Les marlins, istiophoridés, gardent un rostre de section ronde, des écailles et de fines nageoires pelviennes. Un seul des deux arrive en poissonnerie française.

La confusion vient du vocabulaire courant, qui colle le mot espadon à plusieurs animaux très différents, et d’une ressemblance réelle à distance : même silhouette fuselée, même arme au bout du museau, même réputation de nageur foudroyant. Les critères qui séparent les deux groupes se lisent pourtant en quelques secondes, et ils changent aussi la réponse à la question du prix, de la disponibilité et de la sécurité alimentaire.

Marlin ou espadon : trois critères qui tranchent

Le premier regard va au rostre. Celui de l’espadon est une lame nettement aplatie, large à la base, qui représente environ un tiers de la longueur totale de l’animal. Celui des marlins est plus court proportionnellement et de section arrondie, presque cylindrique, formé par la fusion et l’allongement des os prémaxillaires et nasaux.

Le deuxième critère se trouve sous le ventre. Les marlins conservent des nageoires pelviennes filiformes, parfois très fines mais toujours présentes. L’espadon adulte n’en a plus du tout, et cette absence est absolue : elle suffit à elle seule à trancher sur un poisson entier.

Le troisième se touche du doigt. La peau d’un espadon adulte est lisse, ses écailles profondément enfouies, et sa gueule ne porte plus de dents. Les marlins gardent au contraire de petites protubérances osseuses en forme de V sur les flancs, râpeuses sous la main, et une dentition fonctionnelle.

CritèreEspadonMarlin
FamilleXiphiidésIstiophoridés
Rostrelame aplatie, environ 1/3 du corpssection ronde, proportionnellement plus court
Nageoires pelviennesabsentes chez l’adulteprésentes, filiformes
Écailles et dents de l’adultedisparuesprésentes
Nageoire dorsalefaux court et rigide, non repliablelongue, repliable dans une gouttière
Carènes caudalesune de chaque côtédeux de chaque côté
Présence sur les étals françaiscourante, en longequasi nulle

Un quatrième repère aide sur les photos de pêche : la dorsale. L’espadon porte un faux haut et raide, planté à l’avant du dos, qui ne se replie pas. Les marlins déploient une nageoire beaucoup plus longue, qu’ils escamotent dans une gouttière dorsale pour réduire la traînée.

Une seule espèce d’un côté, onze de l’autre

Rostre aplati d’un espadon posé sur une table de criée en inox humide

L’asymétrie entre les deux camps est totale. Les xiphiidés ne comptent qu’une seule espèce vivante, Xiphias gladius, présente dans l’Atlantique, l’océan Indien et le Pacifique. FishBase précise que sa répartition englobe la Méditerranée, la mer de Marmara, la mer Noire et la mer d’Azov, et qu’elle déborde parfois sur des eaux franchement froides.

En face, les istiophoridés rassemblent cinq genres et onze espèces réparties dans toutes les mers chaudes. Le genre Makaira porte le marlin bleu, Istiompax le marlin noir, Kajikia le marlin blanc et le marlin rayé, Tetrapturus les makaires, Istiophorus les voiliers. Cette famille inclut donc des animaux que le langage courant appelle rarement marlin, à commencer par l’espadon voilier et sa voile dorsale démesurée.

La Méditerranée possède d’ailleurs son propre istiophoridé, largement ignoré du grand public. Le makaire de Méditerranée, Tetrapturus belone, boucle tout son cycle de vie dans le bassin, particulièrement abondant autour de l’Italie selon FishBase, qui lui attribue une longueur maximale de 240 cm et un poids maximal publié de 70 kg. Il nage dans les 200 premiers mètres, au-dessus de la thermocline ou dedans, et la Liste rouge de l’UICN le classe en Préoccupation mineure depuis son évaluation du 15 novembre 2021.

Le match des tailles et des longévités

Les records sont serrés, les profils très différents. FishBase donne à l’espadon une longueur maximale de 455 cm à la fourche et un poids maximal publié de 650 kg, pour une taille couramment rencontrée autour de 300 cm. Le marlin bleu de l’Atlantique, Makaira nigricans, atteint 500 cm de longueur totale et 636 kg publiés, avec une longueur commune de 290 cm.

Le marlin bleu ajoute une particularité que l’espadon n’a pas au même degré : un dimorphisme sexuel extrême. Les plus grandes femelles approchent les cinq mètres pour plusieurs centaines de kilos, quand les mâles dépassent rarement 160 kg. Une prise record est donc, presque à coup sûr, une femelle âgée.

La longévité suit la même logique. FishBase retient un âge maximal rapporté de 20 ans pour le marlin bleu, avec des femelles décrites jusqu’à 27 ans dans la littérature spécialisée. Pour l’espadon, une étude récente citée par les synthèses de référence a identifié une femelle de 16 ans et un mâle de 12 ans comme sujets les plus âgés du lot, ce qui reste modeste au regard du gabarit atteint.

Un dernier chiffre éclaire la gestion de la ressource. FishBase attribue à l’espadon une vulnérabilité à la pêche de 72 sur 100, jugée élevée à très élevée, une résilience moyenne et une maturité sexuelle atteinte vers 212 cm en moyenne, dans une fourchette de 156 à 250 cm. Autrement dit, un espadon doit déjà être un grand poisson avant de se reproduire une première fois.

Deux stratégies de chasse dans la colonne d’eau

Silhouette d’un grand poisson pélagique dans une eau bleu profond traversée de rayons de lumière

L’espadon est un plongeur. FishBase situe son amplitude de 0 à 2 878 mètres, avec une occupation habituelle des 550 premiers mètres, et une tolérance thermique de 5 à 27 °C pour une préférence entre 18 et 22 °C. Il descend le jour, remonte la nuit derrière les migrations verticales du plancton et des poissons-lanternes, et chasse largement dans la pénombre.

Cette vie de prédateur crépusculaire explique son organe le plus étonnant. Des cellules spécialisées logées près des yeux réchauffent les yeux et le cerveau de 10 à 15 °C au-dessus de la température de l’eau environnante. Le gain n’est pas anecdotique : une rétine tiède réagit plus vite, ce qui conserve une vision utile là où l’eau est froide et sombre. Son régime suit cette écologie, avec maquereaux, merlus, sébastes, harengs et poissons-lanternes, complétés de calmars et de crustacés.

Le marlin bleu joue une partition inverse. FishBase le décrit dans une amplitude de 0 à 1 000 mètres mais dans une eau nettement plus chaude, de 22 à 31 °C, c’est-à-dire dans la couche de surface des mers tropicales. Son menu est dominé par les poissons, avec une part importante de petits scombridés grégaires comme l’auxide, le bonitou et le listao, auxquels s’ajoutent poulpes et calmars.

Résultat : les deux poissons peuvent croiser dans la même zone sans occuper le même espace. L’un exploite la profondeur et le froid relatif, l’autre la chaleur de surface. Cette séparation se lit dans leur anatomie, du diamètre de l’oeil à l’épaisseur du muscle rouge.

La vitesse, ce chiffre qui ne résiste pas à l’examen

Les 100 km/h attribués à l’espadon circulent partout et ne tiennent pas. Les synthèses scientifiques les écartent, en s’appuyant sur des travaux menés sur des istiophoridés qui situent plutôt le maximum vraisemblable autour de 36 km/h. Les estimations francophones retiennent, pour l’espadon, une pointe de l’ordre de 40 km/h.

Le marlin bleu se voit prêter jusqu’à 72 km/h en pointe, un chiffre issu des mêmes protocoles discutables. Le contraste le plus parlant vient d’ailleurs : sa vitesse de nage ordinaire, celle qu’il tient la plupart du temps, reste sous 4,5 km/h. Une pointe brève et une croisière lente, voilà le vrai profil de ces animaux. La question des protocoles de mesure et la limite physique de la cavitation sont détaillées dans notre article consacré au poisson le plus rapide des océans.

À l’étal, l’un est courant, l’autre absent

Étal de poissonnerie avec darnes de poisson blanc ferme posées sur glace pilée

L’espadon fait partie du paysage du rayon marée français. Sa morphologie s’y prête : un tronc massif, peu d’arêtes intramusculaires, une chair ferme qui se découpe en blocs réguliers. La longe est la présentation dominante, tranchée en darnes ou en pavés, comme le détaille notre guide sur la découpe et la cuisson de la longe d’espadon.

L’étiquetage obligatoire donne les clés pour vérifier ce que vous achetez : dénomination commerciale, nom scientifique Xiphias gladius, zone de capture et engin de pêche. Un espadon de Méditerranée et un espadon de l’Atlantique Sud n’ont ni le même circuit, ni le même délai entre la capture et l’étal, ni le même prix.

Le marlin, lui, n’a pas de prix de détail en France, pour une raison simple : il n’y a pas d’offre. Aucune filière européenne ne le cible, et les captures accessoires de palangre nourrissent des marchés locaux en zone tropicale, souvent sous forme fumée ou séchée, sans exportation vers l’Europe. Les requêtes sur le prix du marlin au kilo aboutissent donc à des références étrangères ou à des produits transformés, jamais à une cotation de criée française.

Pour l’espadon, les écarts de prix d’un point de vente à l’autre s’expliquent surtout par le nombre d’intermédiaires et le mode d’approvisionnement, un mécanisme décortiqué dans notre article sur le fonctionnement de la filière et des grossistes.

Mercure et conservation : le vrai point commun

Bouées et lignes de palangre enroulées sur le pont d’un navire de pêche au lever du jour

Les deux poissons partagent une position en bout de chaîne alimentaire, une longévité importante et une croissance vers de très grosses masses. Cette combinaison concentre le méthylmercure dans leurs muscles, et les recommandations sanitaires le reflètent sans ambiguïté.

L’ANSES nomme explicitement les requins, les lamproies, les espadons, les marlins et les sikis parmi les grands prédateurs à éviter totalement pour les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les enfants de moins de trois ans. Une seconde liste, celle des espèces à limiter pour ces mêmes publics, cite le thon, la bonite, la raie, le loup, la baudroie, l’empereur, le grenadier, le flétan, le sabre et le brochet. La biologie fragile de plusieurs d’entre elles est décrite dans notre fiche sur l’empereur et les poissons des grands fonds. Pour la population générale, l’agence maintient sa recommandation de deux portions de poisson par semaine, dont une espèce grasse riche en oméga-3, en variant les espèces et les lieux d’approvisionnement.

Côté conservation, les deux statuts divergent. La Liste rouge de l’UICN classe l’espadon en Quasi menacé depuis son évaluation du 1er mai 2021, et le marlin bleu de l’Atlantique en Vulnérable depuis le 10 mai 2021. Greenpeace avait déjà inscrit ce dernier sur sa liste rouge des produits de la mer en 2010.

La gestion passe par la même enceinte internationale. Depuis 1991, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique multiplie recommandations, quotas nationaux et minima de taille sur ces espèces. Ces seuils évoluent d’une campagne à l’autre et se déclinent au niveau européen puis national : vérifiez la valeur en vigueur pour votre zone avant toute sortie de pêche.

Prochaine étape devant un poisson entier : ouvrez la gueule et regardez sous le ventre. Une bouche sans dents et un ventre sans nageoires pelviennes signent un espadon, en une seconde et sans discussion possible.

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